| Journaliste freelance, producteur indépendant, consultant en communication, créateur de contenu, animateur radio ou présentateur TV… Les profils qui exercent en indépendant dans les médias sont nombreux et variés. Et tous finissent tôt ou tard par se poser la même question : est-ce que la micro-entreprise suffit, ou est-il temps de créer une vraie société ? La SASU est souvent la réponse à cette question. Elle offre une protection du patrimoine personnel, une grande souplesse de gestion et une image professionnelle renforcée auprès des diffuseurs, agences et annonceurs. Voici comment la créer pas à pas, sans se perdre dans les méandres administratifs. |
1. Pourquoi choisir la SASU plutôt qu’un autre statut dans les médias ?
Avant d’entrer dans le détail des étapes de création, il est utile de comprendre pourquoi la SASU s’est imposée comme le statut de référence pour beaucoup de professionnels indépendants dans l’audiovisuel et les médias. Le choix d’une forme juridique n’est pas anodin : il a des conséquences directes sur la fiscalité, la protection sociale et la crédibilité commerciale.
La protection du patrimoine personnel
La SASU est une société par actions simplifiée unipersonnelle. En tant que telle, elle constitue une personne morale distincte de son actionnaire unique. Concrètement, si la société rencontre des difficultés financières, votre patrimoine personnel (appartement, épargne, véhicule personnel…) est en principe protégé, sauf faute de gestion grave. C’est une protection que ni la micro-entreprise ni l’entreprise individuelle classique n’offrent avec la même netteté.
Une fiscalité adaptable selon la situation
La SASU est soumise par défaut à l’impôt sur les sociétés (IS), au taux réduit de 15 % jusqu’à 42 500 euros de bénéfice (taux normal de 25 % au-delà). Ce mécanisme offre des possibilités d’optimisation que n’ont pas les régimes micro ou l’EI. Le dirigeant peut choisir de se rémunérer en salaire, en dividendes ou en combinant les deux, selon ce qui est le plus favorable à sa situation fiscale et sociale personnelle.
Un statut reconnu dans le secteur audiovisuel
Dans les médias, la forme juridique de votre structure envoie un signal. Une SASU inspire davantage confiance à un diffuseur national, à un groupe de presse ou à une agence de publicité qu’une auto-entreprise. Elle facilite les réponses à des appels d’offres, la signature de contrats-cadres avec des grandes chaînes ou plateformes, et l’ouverture de comptes professionnels avec des conditions adaptées. Pour les professionnels qui cherchent à monter en gamme dans leur positionnement, c’est souvent un prérequis implicite.
La SASU versus l’EURL : quel choix pour un indépendant médias ?
L’EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) est l’autre option courante pour un dirigeant unique. La différence principale tient au statut social du dirigeant : en EURL, le gérant majoritaire est travailleur non salarié (TNS), avec des cotisations sociales moins élevées mais une protection moindre. En SASU, le président est assimilé salarié, soumis au régime général de la Sécurité sociale, avec des cotisations plus importantes mais une couverture comparable à celle d’un cadre. Dans un secteur comme les médias, où les intermittents et les salariés se côtoient, le statut assimilé salarié de la SASU est souvent mieux compris et plus facilement articulable avec d’éventuels contrats de travail parallèles.
Tableau 1 : Comparatif SASU, EURL et micro-entreprise pour un professionnel des médias
| Critère | Micro-entreprise | EURL | SASU |
| Protection patrimoine | Aucune (sauf EIRL) | Limitée (séparation partielle) | Oui (personne morale distincte) |
| Statut social dirigeant | TNS (régime micro) | TNS (gérant majoritaire) | Assimilé salarié (régime général) |
| Fiscalité | IR sur CA (abattement) | IR ou IS (option) | IS par défaut (option IR 5 ans) |
| Capital minimum | Aucun | 1 euro | 1 euro |
| Obligations comptables | Livre des recettes | Comptabilité complète | Comptabilité complète |
| Image professionnelle | Limitée | Correcte | Élevée |
| Idéal pour | Début d’activité, CA faible | Dirigeant souhaitant moins de charges | Activité établie, clients professionnels |
2. Préparer la création : les décisions fondatrices à prendre en amont
La création d’une SASU ne commence pas par le dépôt d’un dossier. Elle commence par une série de décisions qui conditionnent tout le reste : dénomination sociale, objet social, capital, siège… Autant d’éléments qui méritent d’être réfléchis avant de se retrouver devant un formulaire.
Choisir la dénomination sociale
Le nom de votre société est votre premier actif de marque. Il doit être disponible (vérification sur le site de l’INPI), mémorisable, compatible avec un nom de domaine disponible, et cohérent avec votre positionnement dans les médias. Pour un consultant audiovisuel ou un producteur indépendant, un nom qui évoque l’activité sans être trop restrictif offre plus de souplesse pour l’évolution future de la structure.
Rédiger l’objet social : être précis sans se fermer des portes
L’objet social décrit l’activité de la société dans ses statuts. Dans les médias, il faut trouver l’équilibre entre précision (pour crédibiliser la structure auprès des partenaires) et ouverture (pour ne pas se retrouver hors objet si l’activité évolue). Un objet social courant pour une SASU médias pourrait inclure : production audiovisuelle, conseil en communication et stratégie de contenu, activités journalistiques et rédactionnelles, prestations de formation aux médias, et toutes activités annexes ou connexes.
Fixer le capital social
Le capital minimum d’une SASU est d’un euro symbolique. Mais un capital trop faible envoie un signal négatif à certains partenaires commerciaux. Un capital de 1 000 à 5 000 euros est généralement suffisant pour une structure de services dans les médias au démarrage. Il peut être constitué d’apports en numéraire (espèces), en nature (matériel de tournage, équipement informatique, droits…) ou en industrie sous conditions. 20 % du capital en numéraire doit être libéré à la création, le solde dans les cinq ans.
Choisir le siège social
Le siège social détermine le ressort territorial de votre société et les charges qui y sont liées (cotisation foncière des entreprises notamment). Trois options principales : domiciliation à votre adresse personnelle (gratuit, possible pendant 5 ans pour une SASU), domiciliation dans un espace de coworking ou une société de domiciliation (quelques dizaines d’euros par mois, adresse prestigieuse possible), ou location d’un local professionnel dédié (plus coûteux, mais utile si vous recevez des clients régulièrement).
3. La rédaction des statuts : le document qui gouverne tout
Les statuts d’une SASU sont son acte fondateur. Ils définissent les règles de fonctionnement de la société, les pouvoirs du président, les conditions de cession des actions et les modalités de prise de décision. Dans une SASU unipersonnelle, l’actionnaire unique est souvent aussi le président, ce qui simplifie beaucoup de dispositions. Mais la rédaction reste un exercice qui mérite attention.
Ce que les statuts doivent obligatoirement contenir
- La forme juridique (SAS unipersonnelle)
- La dénomination sociale et le sigle éventuel
- L’objet social complet
- Le siège social
- La durée de la société (99 ans au maximum)
- Le montant et la composition du capital social
- Les modalités de libération des apports
- Les règles de direction (pouvoirs du président, conditions de révocation)
- Les conditions de cession et de transmission des actions
Les clauses spécifiques aux professions des médias
Pour un professionnel des médias, certaines clauses méritent une attention particulière. La clause relative aux droits de propriété intellectuelle apportés à la société (droits d’auteur sur des formats, des émissions, des articles…) doit être rédigée avec soin pour éviter toute ambiguïté sur leur appartenance. De même, si vous envisagez d’associer des collaborateurs ou des investisseurs à terme, des clauses d’agrément et de préemption peuvent être intégrées dès la création pour encadrer les évolutions futures du capital.
Faire appel à un modèle ou à un professionnel ?
Des modèles de statuts SASU sont disponibles en ligne et suffisent dans les situations les plus simples. Mais pour un professionnel des médias dont l’activité implique des droits d’auteur, des coproductions ou des contrats complexes, le recours à un avocat spécialisé en droit des affaires ou des médias pour la rédaction ou la relecture des statuts est un investissement raisonnable. Une clause mal rédigée peut coûter beaucoup plus cher à corriger a posteriori.
| Bon à savoir : les statuts d’une SASU n’ont pas à être enregistrés auprès des impôts depuis la suppression du droit d’enregistrement en 2015. Ils doivent simplement être signés et datés par l’actionnaire unique, puis déposés au greffe lors de l’immatriculation. |
4. Les formalités d’immatriculation : du dossier au Kbis
Une fois les statuts rédigés et les décisions préalables arrêtées, vient l’étape administrative à proprement parler. Depuis la réforme du guichet unique en 2023, toutes les formalités de création se font en ligne sur une seule plateforme.
Le guichet unique INPI : le point de passage obligatoire
Depuis le 1er janvier 2023, toutes les formalités de création d’entreprise en France se déposent exclusivement sur le guichet unique de l’INPI (formalites.entreprises.gouv.fr). Ce portail centralise les déclarations à destination du greffe du tribunal de commerce, de l’URSSAF, des impôts et de l’INSEE. La création d’une SASU y est entièrement dématérialisée.
Les pièces à rassembler pour le dossier
- Les statuts signés (version PDF)
- L’attestation de dépôt des fonds (fournie par la banque lors du dépôt du capital)
- Une attestation de domiciliation du siège social
- La déclaration de non-condamnation et de filiation du président
- Une copie de la pièce d’identité du président
- La liste des bénéficiaires effectifs (document obligatoire depuis la loi Sapin II)
- Le formulaire de déclaration des activités réglementées si applicable (carte de presse…)
Les coûts à prévoir
L’immatriculation d’une SASU au registre du commerce et des sociétés coûte environ 37 euros de frais de greffe (tarif 2025). À cela s’ajoutent les frais d’annonce légale, obligatoire lors de la création : entre 150 et 200 euros selon le département et le support choisi. Si vous faites appel à une plateforme de création en ligne ou à un prestataire juridique, comptez entre 150 et 500 euros supplémentaires selon le niveau de service. Au total, créer une SASU revient généralement entre 300 et 700 euros en faisant appel à des prestataires, ou moins de 250 euros en faisant tout soi-même.
Les délais à anticiper
Une fois le dossier complet soumis, le Kbis (extrait du registre du commerce attestant de l’existence légale de la société) est généralement délivré dans un délai de deux à cinq jours ouvrés. Ce document est indispensable pour ouvrir un compte bancaire professionnel définitif, facturer en tant que société et signer des contrats au nom de la SASU.
5. Fiscalité et rémunération du président : les choix structurants
Une fois la SASU créée, deux questions se posent rapidement : comment se rémunérer, et comment organiser la fiscalité de la société ? Ces choix ont un impact direct sur les charges sociales, l’imposition du dirigeant et la trésorerie de la structure.
IS ou IR : le régime fiscal de la SASU
La SASU est soumise à l’IS par défaut. Le taux réduit de 15 % s’applique sur les 42 500 premiers euros de bénéfice, le taux normal de 25 % au-delà. Une option pour l’IR est possible pendant les cinq premières années d’existence, si la société remplit certaines conditions (moins de 5 ans, moins de 50 salariés, CA ou bilan inférieur à 10 millions d’euros, capital détenu à 50 % minimum par des personnes physiques). L’option IR peut être avantageuse si le dirigeant a peu d’autres revenus et que les bénéfices sont faibles.
Se rémunérer en salaire : les avantages du régime général
Le président de SASU est assimilé salarié. Sa rémunération est soumise aux cotisations sociales du régime général, ce qui représente environ 75 à 80 % du salaire net en charges totales (patronales et salariales). En contrepartie, il bénéficie d’une protection sociale complète : assurance maladie, retraite, prévoyance, et accès aux allocations chômage (ARE) sous conditions. Pour un professionnel des médias qui alterne entre périodes actives et périodes de développement de projets, cette couverture peut avoir une vraie valeur.
Les dividendes : une option de rémunération complémentaire
Les bénéfices non distribués en salaire peuvent être versés sous forme de dividendes. Depuis 2018, les dividendes perçus par le dirigeant d’une SASU sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % (12,8 % d’IR + 17,2 % de prélèvements sociaux), ou sur option au barème progressif de l’IR. Le principal avantage des dividendes : ils ne sont pas soumis aux cotisations sociales, ce qui allège la charge globale. L’inconvénient : ils ne génèrent pas de droits à la retraite ni à l’assurance chômage.
Trouver le bon équilibre entre salaire et dividendes
La plupart des dirigeants de SASU optent pour une combinaison des deux : un salaire suffisant pour valider des trimestres de retraite et maintenir une protection sociale, complété par des dividendes pour optimiser la rémunération globale. Le bon équilibre dépend du niveau de bénéfice de la société, de la tranche marginale d’imposition du dirigeant et de ses objectifs patrimoniaux. Un expert-comptable est généralement indispensable pour calibrer ce mix.
6. Spécificités des médias : ce que la SASU change pour votre activité
Créer une SASU dans les médias, ce n’est pas seulement une question de structure juridique. C’est aussi un changement dans la façon dont vous vous positionnez sur le marché, dont vous gérez vos droits et dont vous organisez vos relations contractuelles.
Les droits d’auteur et la SASU
C’est l’une des questions les plus délicates pour les créateurs de contenu, journalistes et réalisateurs. En principe, les droits d’auteur sont attachés à la personne physique qui crée l’oeuvre, non à la société. Cela signifie que les droits que vous percevez personnellement (droits d’auteur sur des articles, des formats, des oeuvres audiovisuelles…) restent soumis à votre propre régime fiscal, indépendamment de la SASU. Seules les prestations de service (production, conseil, animation…) seront facturées par la SASU. Ce dualisme doit être clairement articulé dans les contrats signés avec les diffuseurs et éditeurs.
La carte de presse et la SASU
La carte de presse est délivrée à titre personnel, pas à une société. Un journaliste qui crée une SASU conserve sa carte de presse à titre individuel, mais facture ses prestations via sa société. Il est important que les contrats passés avec les rédactions distinguent bien la nature de la prestation (journalistique ou non) pour ne pas créer de confusion sur le régime social applicable.
Les relations avec les diffuseurs et broadcasters
Une SASU facilite considérablement les relations contractuelles avec les grandes structures médias. Elle permet de répondre à des appels d’offres réservés aux personnes morales, de signer des contrats de coproduction ou de distribution, d’accéder à des financements institutionnels (CNC, fonds régionaux…) et de se positionner comme partenaire plutôt que comme simple prestataire. C’est un signal fort de professionnalisme dans un secteur où les relations de confiance se construisent sur le long terme.
7. Gérer sa SASU au quotidien : comptabilité, obligations et outils
La création d’une SASU n’est que le point de départ. Une fois la société immatriculée, des obligations régulières s’imposent : comptabilité complète, assemblée générale annuelle, dépôt des comptes, déclarations fiscales et sociales. Bien s’organiser dès le départ évite les mauvaises surprises et les pénalités.
Les obligations comptables d’une SASU
Contrairement à la micro-entreprise, une SASU doit tenir une comptabilité complète en partie double. Cela implique l’enregistrement de toutes les opérations (recettes, dépenses, immobilisations…), l’établissement d’un bilan et d’un compte de résultat à la clôture de chaque exercice, et le dépôt des comptes annuels au greffe du tribunal de commerce. Ces obligations sont incompressibles, quelle que soit la taille de la structure.
L’assemblée générale annuelle : une formalité obligatoire
Même seul actionnaire, le président d’une SASU doit tenir une assemblée générale annuelle dans les six mois suivant la clôture de l’exercice. Cette assemblée approuve les comptes annuels, affecte le résultat (mise en réserve, distribution de dividendes) et consigne les décisions prises. Le procès-verbal d’assemblée doit être rédigé et conservé. C’est une formalité légère mais non négociable.
Les outils pour simplifier la gestion
La comptabilité d’une SASU est plus exigeante que celle d’une micro-entreprise, mais des solutions modernes permettent de l’aborder sans stress ni formation comptable préalable. Des plateformes spécialisées accompagnent les dirigeants de SASU sur l’ensemble du cycle : synchronisation bancaire, catégorisation des dépenses, facturation, suivi de trésorerie et préparation des documents annuels. Pour les professionnels des médias qui gèrent à la fois leur activité créative et leur structure juridique, ce type d’outil représente un gain de temps considérable et une réduction significative du risque d’erreur.
Expert-comptable : indispensable ou optionnel ?
Pour une SASU, le recours à un expert-comptable n’est pas légalement obligatoire. Mais compte tenu de la complexité de la comptabilité en partie double et des enjeux fiscaux liés à l’IS, il est fortement recommandé, au moins pour le premier exercice. Par la suite, une collaboration allégée (révision annuelle des comptes, conseil ponctuel) combinée à un outil en ligne peut être suffisante pour une structure de taille modeste.
Tableau 2 : Calendrier des principales obligations d’une SASU après création
| Échéance | Obligation | Conséquence en cas d’oubli |
| Dans le mois suivant la création | Ouverture d’un compte bancaire professionnel définitif | Impossible de facturer en tant que société |
| Chaque mois ou trimestre | Déclaration et paiement de la TVA (si assujetti) | Pénalités de retard (5 % + 0,2 %/mois) |
| Chaque mois | Fiche de paie du président si rémunéré | Irrégularité sociale, redressement URSSAF |
| Dans les 6 mois après clôture | Approbation des comptes en AG + dépôt au greffe | Amende jusqu’à 1 500 euros par associé |
| Chaque année (printemps) | Déclaration de résultats (liasse fiscale 2065) | Pénalités fiscales, intérêts de retard |
| Chaque année | Mise à jour du registre des bénéficiaires effectifs | Amende jusqu’à 7 500 euros |
En résumé : la SASU, un cadre solide pour une activité médias ambitieuse
Créer une SASU dans les médias, c’est franchir un cap. Celui d’une activité structurée, professionnalisée, capable d’adresser les grandes structures du secteur sur un pied d’égalité. C’est aussi accepter des obligations plus importantes qu’en micro-entreprise, en échange d’une protection, d’une souplesse fiscale et d’une crédibilité commerciale que ce statut seul peut offrir.
Les étapes de création sont aujourd’hui bien balisées et largement dématérialisées. Ce qui fait la différence, c’est la qualité des décisions prises en amont : rédaction des statuts, choix du régime fiscal, organisation de la rémunération. Ces décisions méritent d’être prises avec soin, idéalement avec l’appui d’un professionnel du droit ou de la comptabilité.
Pour ceux qui souhaitent avancer pas à pas et comprendre tous les aspects de la création d’une SASU, des ressources complètes et actualisées existent pour vous guider à chaque étape, de la rédaction des statuts jusqu’aux premières déclarations fiscales.
